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Dernière mise à jour : 25/04/2017

ANESTHESIE GAZEUSE DU LAPIN EN IMAGES ( Mise à jour : 20/05/2013)
Par le Dr Julien Goin

Introduction

L’anesthésie est une procédure souvent redoutée par les propriétaires de lapin, en raison du risque potentiel d’accident ou de complications inhérent à l’anesthésie de tout animal, qu’il s’agisse d’un chien, d’un chat ou d’un NAC.

Pourtant, lorsqu’elle est pratiquée par un vétérinaire habitué à soigner et à opérer les lapins, et lorsqu’un protocole et un matériel adaptés sont utilisés, l’anesthésie présente un risque minime.

Nous allons présenter ici l’anesthésie gazeuse du lapin, dans le but d’informer et de rassurer les propriétaires qui peuvent avoir un jour à faire face à une situation nécessitant l’anesthésie de leur animal.

Sommaire

DEFINITION DE L’ANESTHESIE

L’anesthésie est une procédure visant à induire chez l’animal une narcose (profond état d’inconscience) et une myorelaxation (diminution du tonus musculaire). Certains anesthésiques ont par ailleurs un effet analgésique (inhibition de la douleur). Il existe deux grands types d’anesthésie :

Photo 01 : quelques spécialités utilisables en anesthésie parentérale.


Photo 02 : flacon d’anesthésique utilisé en anesthésie gazeuse.

OBJECTIFS DE L’ANESTHESIE CHEZ LE LAPIN

Le vétérinaire peut être amené à anesthésier un lapin dans un but :

Photo 03 : examen dentaire d’un lapin réalisé sous anesthésie.


Photo 04 : radiographie dentaire d’un lapin réalisée sous anesthésie.


Photo 05 : irrigation d’un canal lacrymal bouché réalisé sous anesthésie.


Photo 06 : anesthésie d’un lapin transféré en bloc opératoire en vue d’une intervention.

PRESENTATION DE L’ANESTHESIE GAZEUSE ET DU MATERIEL UTILISE

L’anesthésie gazeuse consiste à faire inhaler au lapin un mélange d’oxygène et de gaz anesthésique délivré par un appareil. En médecine vétérinaire, ce gaz est le plus souvent l’isoflurane. L’appareil est situé sur un chariot mobile, ce qui permet en cas de besoin de transférer l’animal tout en le maintenant anesthésié (ex : depuis une salle de préparation vers le bloc opératoire).

Photo 07 : aspect général d’un appareil d’anesthésie gazeuse.

L’appareil est composé de plusieurs éléments :

- une partie assurant la distribution du gaz anesthésique, composée :
- d’une cuve contenant l’anesthésique sous forme liquide,
- d’un dispositif permettant de le vaporiser sous forme gazeuse,
- d’une molette permettant de régler la concentration administrée (en %).

Photo 08 : partie assurant la distribution du gaz anesthésique.


- une partie assurant la distribution d’oxygène, composée :
d’une bouteille d’oxygène médical reliée à l’appareil par un tuyau,
d’une molette permettant de régler la concentration administrée (en L/mn).

Photo 09 : bouteille d’oxygène médical assurant l’alimentation de l’appareil en oxygène.


Photo 10 : indicateurs de réglage de la distribution d’oxygène.


-un circuit dans lequel l’oxygène et le gaz anesthésique se mélangent, relié à un tube de sortie permettant de faire respirer le mélange au lapin par une sonde ou un masque, et de récupérer les gaz expirés,

Photo 11 : circuit assurant l’arrivée du mélange oxygène/anesthésique au patient.


- d’un ballon permettant une ventilation artificielle en cas d’arrêt respiratoire lorsque l’animal est intubé,

Photo 12 : ballon pour ventilation artificielle.


-d’un appareil de monitoring, permettant le suivi des concentrations en gaz inspirés et expirés, et des fréquences cardiaque et respiratoire, lorsque l’animal est intubé.

Photo 13 : appareil de monitoring.

DEROULEMENT D’UNE ANESTHESIE GAZEUSE

Précautions pré-opératoires

A la différence des chiens et des chats, il n’est pas nécessaire de mettre un lapin à jeun avant une anesthésie, et ce pour plusieurs raisons :

Induction de l’anesthésie

Pour induire l’anesthésie (càd endormir l’animal), deux techniques sont possibles :
- la boîte à induction : le lapin est placé dans une boîte transparente et hermétique dans laquelle le gaz est insufflé,
Photo 14 : boîte à induction pour les NAC de petite taille (lapin de 1 kg et moins, furets, rongeurs).


- le masque : le lapin est contenu manuellement ou à l’aide d’une serviette, puis un masque est placé sur son museau par lequel le gaz est insufflé. L’odeur forte du gaz peut entraîner un stress et des débattements, et le lapin doit donc être maintenu de manière à ne pas se blesser.

Photo 15 : masques d’anesthésie de différents diamètres.


Photo 16-1 : induction anesthésique par masque avec contention manuelle.


Photo 16-2 : induction anesthésique par masque avec contention par serviette.


L’anesthésique est administré à dose progressivement croissante afin d’habituer le lapin à son odeur, et celui-ci s’endort en quelques minutes.

Entretien de l’anesthésie

Pour entretenir l’anesthésie (càd maintenir l’animal en état d’anesthésie), deux techniques sont possibles :

-l’intubation : elle consiste à placer une sonde d’intubation directement dans la trachée de l’animal. Il s’agit d’une technique intéressante car l’anesthésique est alors directement administré dans les bronches et les poumons, ce qui évite les pertes de gaz au moment des échanges respiratoires (meilleure gestion des concentrations administrées et donc sécurité d’emploi plus grande, économie du mélange distribué). De plus, la sonde peut être reliée à un appareil de monitoring et de ventilation artificielle (cf. supra). En revanche, elle est très rarement utilisée en pratique, car le larynx du lapin est localisé très profondément et donc non visualisable directement: l’intubation est donc difficile, et le temps anesthésique augmenté. Le vétérinaire doit donc soit intuber à l’aveugle (en écoutant les bruits respiratoires pour localiser l’entrée du larynx, ce qui demande une certaine expérience), soit utiliser un petit endoscope (matériel onéreux que ne possèdent pas tous les vétérinaires),

Photo 17 : sonde d’intubation.


- le masque : il s’agit du même type de masque que pendant l’induction. C’est la technique la plus simple et la plus utilisée. Il est maintenu à la tête par un adhésif ou par un petit élastique.

Photos 18-1 et 2 : anesthésie gazeuse d’un lapin par masque.


L’animal respire durant toute l’intervention le mélange d’oxygène et d’anesthésique distribué par l’appareil. Leurs concentrations sont modulables au besoin et rapidement par un assistant : ainsi, en cas de complication (ex : arrêt respiratoire), la distribution de l’anesthésique peut être diminuée voire arrêtée, tout en conservant l’apport en oxygène. Le risque de complications est par ailleurs faible lors d’anesthésie gazeuse. La narcose, la myorelaxation et la sécurité d’emploi sont très bonnes.

Photo 19 : anesthésie gazeuse d’un lapin en lors du retrait d’un abcès sous-cutané.


Photo 20 : anesthésie gazeuse d’une lapine lors d’une stérilisation.

Réveil

Une fois l’intervention terminée, l’administration d’anesthésique est arrêtée et celle d’oxygène est maintenue, afin de favoriser l’élimination du gaz pendant l’expiration, et d’accélérer le réveil du lapin. Le réveil s’effectue en quelques minutes et la récupération post-opératoire est rapide. L’animal est transféré dans un box d’hospitalisation, où lui seront proposés de l’eau et du foin dès son réveil afin de permettre une reprise alimentaire rapide. Le box est matelassé pour réduire les risques d’hypothermie et éviter que le lapin ne se blesse en faisant un faux mouvement pendant son réveil. Une alèse chirurgicale permet d’absorber les urines éventuellement émises. Une gamelle d’eau et du foin sont proposés dès que le réveil est complet.

Photo 21 : box de réveil et d’hospitalisation pour lapin.


Prévention de l’hypothermie

Lors de l’anesthésie, une hypothermie apparaît fréquemment : la température corporelle du lapin diminue. Ce phénomène est causé par :
- l’anesthésique, qui inhibe le centre de la thermorégulation, région du cerveau permettant à l’organisme de maintenir la température corporelle constante par le biais de mécanismes métaboliques,
- l’absence d’activité musculaire, qui participe en temps normal à la thermorégulation,
- la petite taille du lapin, en comparaison avec celles de plus grands animaux tels que les chiens et les chats.

L’hypothermie entraîne un réveil plus long et moins confortable pour l’animal, et donc une récupération post-opératoire plus longue à tout niveau : dynamisme, reprise alimentaire, transit digestif, etc. Pour prévenir ces risques, on peut réchauffer l’animal pendant l’intervention à l’aide de bouillottes ou d’un tapis chauffant. Après l’intervention et jusqu’au réveil de l’animal, on peut également utiliser bouillottes, tapis ou lampe chauffante de puissance adaptée.

Photo 22 : tapis chauffant utilisé lors d’anesthésie des NAC.


Prévention de la sécheresse oculaire

L’anesthésie peut entraîner une sécheresse oculaire, d’une part par diminution de la sécrétion lacrymale, d’autre part car un animal anesthésié garde naturellement les yeux ouverts ou mi-clos. Le vétérinaire est donc parfois amené, notamment dans le cas d’une intervention de longue durée, à appliquer sur l’œil un gel oculaire protecteur constitué de larmes artificielles, afin de prévenir le risque de dessèchement et d’ulcère cornéen.

Photo 23 : application d’un gel oculaire protecteur sur la cornée d’un lapin anesthésié.


Prévention de la douleur - Analgésie

Le gaz anesthésique ne possède pas d’effet analgésique marqué. Lors de chirurgie ou de soins pouvant générer une douleur (ex : soins dentaires), il est donc nécessaire d’administrer en parallèle un analgésique. Il peut s’agir d’un anti-inflammatoire non stéroïdien classique lors de douleur minime à modérée, ou d’un morphinique lors de douleur plus importante, ou encore d’une association des deux. Une bonne analgésie est importante, en premier lieu pour éviter au lapin de souffrir, et en second lieu car la douleur diminue la récupération post-anesthésique, un lapin douloureux risquant d’être moins dynamique et de ne pas se réalimenter correctement, ce qui peut occasionner un ralentissement voire un arrêt du transit digestif préjudiciable pour lui.

Photo 24 : quelques spécialités utilisées en analgésie du lapin.


Monitoring anesthésique

Lors d’intervention longue, lourde ou pratiquée sur un individu à risque (lapin jeune, âgé ou affaibli), un monitoring cardiaque peut être utilisé afin de suivre en permanence la fréquence et le rythme cardiaques. On emploie pour cela un électrocardiogramme (ECG), relié au lapin par des pinces placées à la base de ses membres antérieurs et postérieurs. Un cathéter intra-veineux permet en parallèle l’administration de produits injectables en cas d’urgence (ex : arrêt cardio-respiratoire, apparition d’une forte douleur se traduisant par une tachycardie sur le tracé ECG, etc.).

AVANTAGES ET INCONVENIENTS DE L’ANESTHESIE GAZEUSE

Avantages

Les avantages de l’anesthésie gazeuse sont :

Inconvénients

Les inconvénients sont en revanche :

Conclusion

L’anesthésie gazeuse est une technique de choix chez le lapin. Elle permet un réveil et une récupération post-opératoire rapide. Elle est réversible en cas de complication pendant l’intervention. Le risque d’accident anesthésique est faible. Comme pour toute anesthésie, la prévention de l’hypothermie et de la douleur est un facteur important à prendre en compte pour assurer au lapin une récupération confortable. Il n’est habituellement pas nécessaire de mettre le lapin à jeun avant l’anesthésie.

NOTE IMPORTANTE

Les données figurant ici sont à la fois des données générales sur l’anesthésie gazeuse du lapin, mais également des données issues de l’expérience personnelle du vétérinaire ayant rédigé cet article. Les méthodes, le matériel et les protocoles employés varient d’un vétérinaire à un autre. Cet article n’a pas vocation à se substituer aux explications et aux méthodes, matériel et protocoles employés par votre vétérinaire traitant, chaque praticien possédant ses propres habitudes de travail. Il est uniquement destiné à informer les propriétaires de lapins et à les rassurer en leur expliquant le déroulement général d’une anesthésie.